
L’article précédent le montre, cette semaine est l’une des plus froides à Moscou depuis deux hivers.
A quelques centaines de mètres de la maison, de l’autre cote de la Moskova se trouve le club de sport Chaika (la Mouette) et sa piscine olympique ouverte toute l’année.
Ce sont les volutes de vapeur d’eau et la lumière, visibles du kaltso (le boulevard périphérique) qui nous ont donné l’idée de tenter l’aventure : se baigner dehors, par -20 degrés.
Nous partageons l’idée avec les collègues, certains nous disent « tu es fou, tu vas attraper la crève à 3 jours de noël, avec ton bébé en plus, n’y va pas ». D’autres au contraire : « c’est super, ma grand mère fait ça depuis toujours à Yekaterinbourg avec ses copines, excellent pour la santé ».
De toute façon, comme le temps s’est bien adouci par rapport au début de la semaine, il ne faisait que -18c quand nous nous sommes mis dans l’eau. Une broutille.
Eh bien, c’était génial, un peu irréel. Le parcours du combattant pour arriver dans l’eau nous a autant plu que les 40 minutes de baignade. Encore un concentré de tranche de vie Russe :
On arrive à 20heures :
- Manteaux au “Гардероб” (se prononce «garde robe», comme en français)
- Remise d’un ticket contre les manteaux, r.a.s
- On descend vers la piscine, et on se dirige vers un tourniquet « il faut retourner acheter votre billet en haut »
- Nous retournons en haut, première caisse, ce n’est pas celle la, c’est l’autre, «mais si, celle la, là-bas».
- Une queue à l’autre caisse, tiens personne derrière le guichet. Pourquoi ? C’est la pause diner jusqu’à 20h15. Ah bon, ben on va attendre alors.
- Retour de la babushka des tickets, repue. On est content pour elle. C’est lent, elle tamponne des tas de documents aux gens devant nous.
- Vient notre tour, on va pouvoir enfin nager : «2 tickets de piscine svp»
- «Vous êtes membres du club ? » « Non ? Donc il faut passer la visite médicale d’abord. Je ne peux pas vous vendre de billet »
- «Vous voulez un certificat pour un mois ou pour 6 mois ? Pour six mois c’est plus cher. »
- Muni du petit papier médical et d’un ticket de caisse, nous partons à la recherche du cabinet pour la visite.
- Entre un débarras et les vestiaires féminins, nous trouvons le cabinet médical ! Une vraie infirmière nous ouvre, nous fait asseoir, à tour de rôle, pour remplir un formulaire avec adresse, date de naissance, nom de notre institutrice en CP et tout le toutim. Une fois le formulaire rempli, tampon, nouveau bordereau en main, une autre blouse blanche, masculine, nous attend dans l’autre pièce pour la visite à proprement parler. L’infirmière peut maintenant reprendre le visionnage de son émission de tv.
- De l’autre côté, un vrai cabinet médical, on dirait un décor de film, avec des tubes à essai (!) des fioles, des armoires pleines de produits et d’ustensiles etc…
- «Asseyez-vous ». En fait, c’est plié après une rapide prise de tension sans un mot ni un regard de l’aimable médecin.
- Tampon, bordereau, tout nickel. On peut nager !
Enfin, pas encore, quand on aura notre billet. En effet, à ce moment là, nous avons déjà une demie douzaine de papiers-tickets de caisse- attestations- certificats- en main, mais aucun ne donne accès à la piscine. Mais quand on est aussi loin dans la procédure, impossible de faire demi-tour. Entrer dans l’eau devient même le graal absolu, plus rien ne compte. Il faut être fort dans sa tête dans ces moments là et croire en sa bonne étoile !
- Remontés à la caisse, avec notre certificat de bonne santé, on achète notre sésame et on se dirige vers le tourniquet devant lequel nous étions 40 minutes plus tôt.
- On passe le tourniquet et on nous demande : «Vous avez vos passeports ? ». Oui, on les a, mais pourquoi elle nous demande ça celle la ?
- En fait nous comprenons que le document d’identité est obligatoire pour obtenir son numéro de vestiaire (à ne pas confondre avec le numéro de Гардероб ou se trouvent nos manteaux). D’ailleurs je l’ai rangé où ce truc du garderob ?
- Après 30 mètres de couloir, nous trouvons un autre poste de contrôle, petite cahute à l’entrée des vestiaires ou nous obtenons notre numéro de vestiaire contre le passeport.
- Nous y sommes, reste à comprendre comment le code de la porte du locker fonctionne, après un échec et une intervention de la babushka de service, c’est réglé.
- Douche chaude et on se prépare à rentrer dans le grand froid.
- Super idée : la sortie à l’extérieur se fait directement dans l’eau depuis un tunnel qui démarre dans le vestiaire.
- L’eau est à 28c, aucune sensation de froid.
- 2 secondes d’apnée, nous passons dans l’eau d’un vestiaire surchauffé à….dehors et ses -18c.
Sensation très agréable, de nager au chaud au milieu de la neige et des glaçons dans un bassin de 50 mètre tout à fait normal par ailleurs. Les plots de départ sont complètement recouverts de neige et de stalactites. Nous constatons que les nageurs sont un échantillon représentatif de la population, il y a de tout.
De la musique dans les hauts-parleurs. Une jolie vapeur d’eau chassée de temps en temps par le vent nous montre que nous ne sommes pas seuls. Sinon, cela donne une atmosphère très feutrée. Le bonnet de bain est indispensable et n’importe quelle partie du corps non immergée passe un mauvais quart d’heure. Il fait quand même bien froid !
Le stratagème du tunnel pour l’entrée m’a empêché de prendre l’appareil photo, j’ai trouvé celle-ci sur internet, prise de jour probablement, elle illustre tout de même l'atmosphère assez fantomatique.

Nous avons nagé une bonne demie-heure et sommes rentrés dans la chaleur du vestiaire. Sortie sans encombre, aucune visite médicale de sortie n’étant nécessaire et ayant retrouvé mon numéro de гардероб entre temps.
Super expérience.
































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