samedi 19 décembre 2009

Trempette par moins -18c


La piscine à la mi-saison

Il faut vraiment être russe ou assimilé russe pour avoir une idée pareille, me direz vous.

L’article précédent le montre, cette semaine est l’une des plus froides à Moscou depuis deux hivers.

Jeudi soir, après le travail avec notre copain Matthieu, j'ai faussé compagnie mes femmes et nous sommes allés nager… en extérieur.

A quelques centaines de mètres de la maison, de l’autre cote de la Moskova se trouve le club de sport Chaika (la Mouette) et sa piscine olympique ouverte toute l’année.
Ce sont les volutes de vapeur d’eau et la lumière, visibles du kaltso (le boulevard périphérique) qui nous ont donné l’idée de tenter l’aventure : se baigner dehors, par -20 degrés.

Nous partageons l’idée avec les collègues, certains nous disent « tu es fou, tu vas attraper la crève à 3 jours de noël, avec ton bébé en plus, n’y va pas ». D’autres au contraire : « c’est super, ma grand mère fait ça depuis toujours à Yekaterinbourg avec ses copines, excellent pour la santé ».

De toute façon, comme le temps s’est bien adouci par rapport au début de la semaine, il ne faisait que -18c quand nous nous sommes mis dans l’eau. Une broutille.

Nous décidons d’aller juger pour nous même et nous promettons de rentrer vite aux vestiaires si c’est trop limite.

Eh bien, c’était génial, un peu irréel. Le parcours du combattant pour arriver dans l’eau nous a autant plu que les 40 minutes de baignade. Encore un concentré de tranche de vie Russe :

On arrive à 20heures :
- Manteaux au “Гардероб” (se prononce «garde robe», comme en français)
- Remise d’un ticket contre les manteaux, r.a.s
- On descend vers la piscine, et on se dirige vers un tourniquet « il faut retourner acheter votre billet en haut »
- Nous retournons en haut, première caisse, ce n’est pas celle la, c’est l’autre, «mais si, celle la, là-bas».
- Une queue à l’autre caisse, tiens personne derrière le guichet. Pourquoi ? C’est la pause diner jusqu’à 20h15. Ah bon, ben on va attendre alors.
- Retour de la babushka des tickets, repue. On est content pour elle. C’est lent, elle tamponne des tas de documents aux gens devant nous.
- Vient notre tour, on va pouvoir enfin nager : «2 tickets de piscine svp»
- «Vous êtes membres du club ? » « Non ? Donc il faut passer la visite médicale d’abord. Je ne peux pas vous vendre de billet »
- «Vous voulez un certificat pour un mois ou pour 6 mois ? Pour six mois c’est plus cher. »

Oui, ici, tout s’achète, même la bonne santé, plus l’on paye cher, plus la bonne santé dure. Nous prenons un mois de bonne santé pour 250 roubles, ce qui permettra de passer les fêtes en pleine forme.

- Muni du petit papier médical et d’un ticket de caisse, nous partons à la recherche du cabinet pour la visite.
- Entre un débarras et les vestiaires féminins, nous trouvons le cabinet médical ! Une vraie infirmière nous ouvre, nous fait asseoir, à tour de rôle, pour remplir un formulaire avec adresse, date de naissance, nom de notre institutrice en CP et tout le toutim. Une fois le formulaire rempli, tampon, nouveau bordereau en main, une autre blouse blanche, masculine, nous attend dans l’autre pièce pour la visite à proprement parler. L’infirmière peut maintenant reprendre le visionnage de son émission de tv.

- De l’autre côté, un vrai cabinet médical, on dirait un décor de film, avec des tubes à essai (!) des fioles, des armoires pleines de produits et d’ustensiles etc…
- «Asseyez-vous ». En fait, c’est plié après une rapide prise de tension sans un mot ni un regard de l’aimable médecin.
- Tampon, bordereau, tout nickel. On peut nager !

Enfin, pas encore, quand on aura notre billet. En effet, à ce moment là, nous avons déjà une demie douzaine de papiers-tickets de caisse- attestations- certificats- en main, mais aucun ne donne accès à la piscine. Mais quand on est aussi loin dans la procédure, impossible de faire demi-tour. Entrer dans l’eau devient même le graal absolu, plus rien ne compte. Il faut être fort dans sa tête dans ces moments là et croire en sa bonne étoile !

- Remontés à la caisse, avec notre certificat de bonne santé, on achète notre sésame et on se dirige vers le tourniquet devant lequel nous étions 40 minutes plus tôt.
- On passe le tourniquet et on nous demande : «Vous avez vos passeports ? ». Oui, on les a, mais pourquoi elle nous demande ça celle la ?
- En fait nous comprenons que le document d’identité est obligatoire pour obtenir son numéro de vestiaire (à ne pas confondre avec le numéro de Гардероб ou se trouvent nos manteaux). D’ailleurs je l’ai rangé où ce truc du garderob ?
- Après 30 mètres de couloir, nous trouvons un autre poste de contrôle, petite cahute à l’entrée des vestiaires ou nous obtenons notre numéro de vestiaire contre le passeport.
- Nous y sommes, reste à comprendre comment le code de la porte du locker fonctionne, après un échec et une intervention de la babushka de service, c’est réglé.
- Douche chaude et on se prépare à rentrer dans le grand froid.
- Super idée : la sortie à l’extérieur se fait directement dans l’eau depuis un tunnel qui démarre dans le vestiaire.
- L’eau est à 28c, aucune sensation de froid.
- 2 secondes d’apnée, nous passons dans l’eau d’un vestiaire surchauffé à….dehors et ses -18c.

Et voila, nous y sommes, c’était simple en fait.

Sensation très agréable, de nager au chaud au milieu de la neige et des glaçons dans un bassin de 50 mètre tout à fait normal par ailleurs. Les plots de départ sont complètement recouverts de neige et de stalactites. Nous constatons que les nageurs sont un échantillon représentatif de la population, il y a de tout.
De la musique dans les hauts-parleurs. Une jolie vapeur d’eau chassée de temps en temps par le vent nous montre que nous ne sommes pas seuls. Sinon, cela donne une atmosphère très feutrée. Le bonnet de bain est indispensable et n’importe quelle partie du corps non immergée passe un mauvais quart d’heure. Il fait quand même bien froid !

Le maitre nageur est un bibendum emmitouflé qui fait des va-et-vient sur le bord, dans la neige. Nous doutons de son utilité, il lui faudra à peu près 10 minutes pour enlever ses 10 couches de vêtements avant de sauter au secours d’un nageur en difficulté…qu’il ne verra de toute façon pas depuis le bord à cause de cette vapeur d’eau / brouillard.

Le stratagème du tunnel pour l’entrée m’a empêché de prendre l’appareil photo, j’ai trouvé celle-ci sur internet, prise de jour probablement, elle illustre tout de même l'atmosphère assez fantomatique.


La piscine de jour, l'hiver avec ses plongeoirs

Nous avons nagé une bonne demie-heure et sommes rentrés dans la chaleur du vestiaire. Sortie sans encombre, aucune visite médicale de sortie n’étant nécessaire et ayant retrouvé mon numéro de гардероб entre temps.

Super expérience.

mardi 15 décembre 2009

Même l'AFP en fait une dépêche...

A Moscou, le mercure tombe à -25°C

AFP
15/12/2009 | Mise à jour : 14:07

Un froid glacial s'est abattu aujourd'hui sur Moscou, où le thermomètre est tombé à -25 degrés, défiant les conférenciers qui planchent sur le réchauffement climatique à Copenhague.

Si elles n'atteignent pas un record pour un 15 décembre (-27,3 degrés en 1997), de telles températures sont inédites depuis trois ans dans la capitale (-28,3 en février 2006), a relevé le directeur de l'agence locale de météorologie, Alexeï Liakhov, cité par l'agence Ria Novosti.

Le thermomètre a aussi dégringolé à -51 degrés dans la république des Komis (Grand Nord), -46 dans la région d'Irkoutsk (Sibérie) et -49 à Krasnoïarsk (Sibérie orientale), contrées traditionnellement abonnées aux grands froids.

Froid moi ? Jamais !

Nous entamons notre plus grosse semaine de froid depuis notre arrivée à Moscou. Hier -20°, aujourd’hui pareil, mais ça devrait remonter demain.

Guillaume affronte courageusement le froid sur le chemin du travail. Pas question pour Colombe de sortir passés les -10°. Hier, nous sommes allés chez des amis qui habitent à 800m… en voiture.

Mais rassurez-vous, ça chauffe bien chez nous :

Quand les températures le permettent, nous affrontons le froid grâce à notre équipement de compétition :



À fond le ski de fond

C’est parti ! La saison de glisse hivernale peut commencer. La vraie première couche de neige tient bien grâce aux températures négatives.

Nous avons hérité d’un matériel de ski de fond tout neuf.

Donc dimanche après-midi, je passe prendre notre copain Matthieu et son collègue Michaël, adeptes chevronnés du ski de fond, nous roulons quelques kilomètres (on est toujours dans Moscou), nous garons la voiture, chaussons les skis et nous enfonçons dans le parc de Dimitrivskoe aux allées enneigées.

Nous arrivons au lac gelé sur une bonne dizaine de cm. Il fait un environ -7°, mais on a vite chaud sous les épaisseurs. Les familles font de la luge, du ski de fond. Nous faisons quelques allers-retours. Je peaufine ma technique (équipé de ski “classique”) et essaye de suivre péniblement les amis équipés en “skating” (pas du patineur) et surtout plus aguerris.

Deux originalités : les papys en chapkas et fourrures qui jouent aux échecs, quelque soit la météo parait-il. Ils ajustent simplement la consommation de vodka à la température.

Ensuite, les pécheurs qui creusent un trou dans la glace, dont j’admire la patience. Nous sommes restés plus d’une heure et n’avons pas vu trop de poisson dans les seaux, mais le plaisir est ailleurs.

Super activité au grand air du dimanche après-midi

À refaire, hâte d’emmener Daphné et Colombe glisser sur le lac enneigé.

Dernier recours

Même si Colombe est très facile, il y a des soirs où on est un peu grognon... Alors quand on a épuisé toutes les pistes, il faut se résoudre à employer les grands moyens.

Donc on sort le Baby Bjorn et on installe Colombe dedans, elle adore. En plus, elle a l’impression que c’est elle qui prépare le dîner !!


samedi 12 décembre 2009

L'alcool en Russie, désastre national


Une petite vidéo et un article de CNN (merci Jean-Edouard), qui en dit long sur la place de l'alcool dans la société russe. L'article aborde aussi la question du tabagisme et du système de santé, ce n'est pas brillant ni réjouissant.

Une statistique affolante prise parmi celles de l'article : un jeune russe de 18 ans sur deux ne vivra pas jusqu'à l'âge de la retraite. En occident, c'est 90% d'une classe d'âge qui vit jusqu'à la retraite.

lundi 7 décembre 2009

Pédiatre chez les esquimaux

Après la douceur de l’automne, voilà que le temps moscovite nous met à l’épreuve… Pour notre premier RDV chez le pédiatre, rien de mieux qu’une tempête de neige pour tester notre motivation !

Ça tombe bien : on a acheté hier une super combi finlandaise pour Colombe. C’est l’occasion rêvée de la tester. Maman aussi sort son gros manteau, moins pour le froid (car le temps est doux) mais pour se protéger des flocons. Nous voilà donc parties pour le European Medical Center (près de l’Etang du Patriarche pour les connaisseurs) en Baby Bjorn dans le métro.


Examen des 2 mois passé avec les félicitations : 5,110 kg pour le poids, 57 cm pour la taille, mensurations de rêve ! et on s’est laissé faire pour le BCG, même pas mal…

De retour à la maison, nous sommes bien contentes de retirer tout notre harnachement. Prochaines sorties : demain pour le café mensuel de Moscou Accueil (dont je suis devenue membre) et mercredi pour le Bébé groupe avec d’autres mamans et bébés français. Croisons les doigts pour que ce soit moins l’expédition.


vendredi 4 décembre 2009

Gros plans



Le pays de l'abondance ?

Les russes aiment à se rappeler leur enfance. Nous n'irons pas jusqu'à parler de nostalgie du passé, mais il y a un peu de cela.

Guillaume a encore récemment fait un déjeuner à la cantine où chacun y allait de son histoire sur les "soviet times". Il s'agit de souvenirs récents, mais qui parraissent pour nous, occidentaux, d'un autre temps. En effet, c'est toujours frappant de voir à quel point nos collègues russes, parfois plus jeunes que nous, n'ont peu eu la même enfance que nous...du tout.

Quelques exemples, qui n'ont rien d'exceptionnels et qui décrivent justement ce qu'était la vie de tous les jours en URSS :

- Une collègue racontait qu'en 1988, sa famille avait attendu 6 mois pour pouvoir trouver du beurre.

- Une autre répond : "Nous, on connaissait quelqu'un qui nous en trouvait en échange de 'services' rendu par mon père". Les combines, toujours les combines pour améliorer le quotidien.

- Une autre qui, adolescente avait porté toute une année scolaire une paire de chaussures de garçon, tout simplement parce qu'il n'y avait pas le modèle féminin le jour où ils ont trouvé des chaussures à sa taille. Quand on a fait la queue aussi longtemps et qu'il y a encore du stock quand c'est notre tour, on prend ce qu'il y a.

- C'est drôle de les voir se remémorrer les choses en décrivant des vêtements par exemple, immanquablement tout le monde dira à table quelquechose du genre : "oui ma soeur et moi on avait aussi ce pantalon".

- Niveau de standardisation extrême et pauvreté de l'offre. Par exemple, il y avait une sorte de bonbon caramel pour enfant, une seule, dans toute la Russie.

- Suite à un arrivage, une autre avait fait la queue une demie-journée avec sa mère pour acheter un manteau pour leur père. Quand arrive leur tour, on leur dit, "Niet. On ne vous vend pas ce manteau. C'est un manteau d'homme, vous n'êtes pas des hommes, donc vous aller le revendre et faire du trafic, revenez avec votre mari."La parade était alors de ressortir, d'aller au coin de la rue au premier stand de Vodka et d'acheter pour 10 kopeks les services de l'un des clients, souvent trop imbibé pour refuser, qui jouera le rôle du mari pour acheter le manteau (s'il en reste !)

Toutes ces histoires datent de la fin des années 80, c'est ce qui nous marque le plus, c'est que c'est très récent et contemporain de nos enfances.

En plus de cela, il faut savoir que les Russes que nous fréquentons dans nos jobs, sont des moscovites, c'est-à-dire forcément privilégiés, dont le père était souvent dans l'armée ou dans l'administration, quand ce n'est pas au KGB. Ce qui signifie une situation enviable, avec accès aux combines, aux bons tuyaux etc... Imaginez la vie des familles dans les "régions" sans passe-droit ni coupe-fil.

A la lumière de ces discussions, de vraies histoires du quotidien racontées par ces gens qui les ont vécues, on comprend mieux l'acharnement devant les rayons d'Auchan, ou la fièvre acheteuse pour tout ce qui touche aux grandes marques et les excés bling bling des nouveaux riches. Le taux d'épargne est encore très bas. En Russie, quand on a de l'argent (même un peu), on achète, tout et n'importe quoi, mais on achète. La confiance dans le lendemain est au niveau zéro. Avec une crise majeure tous les 5 ans, on les comprend presque.

Ce sont des choses que l'on sait tous, mais nous voulions juste vous dire que cela se sent presque au quotidien ici. Beaucoup de comportements actuels, le capitalisme à tout crin, le goût très prononcé pour les combines pas très claires, s'expliquent par ce passé encore très récent.

Tout ce laïus pour vous montrer une série de photos que l'on aime bien et qui vous montrent à quel point la société de consommation a envahi nos vies, dès le plus jeune âge...




jeudi 3 décembre 2009

Vivement les vacances


Vivement les vacances et les festivités de Paris et de Dubaï à la fin du mois, parce qu'en attendant, ça bosse à Moscou.
Daphné, la reine du multi-tasking, a en effet entrepris de profiter de son congés de maternité prolongé (jusqu'à fin mars avant son retour chez Bic) pour se lancer dans la préparation du diplôme du FLE - Français Langue Etrangère - avec le CNED. On ne sait jamais, à l'avenir cela pourrait servir.

Colombe, qui apprendra probablement un jour le français en plus du Russe, est bien attentive et joue les surveillantes zélées.