…C’est ce que nous avons parfois l’impression d’être ici.
« Mais tu es fou ? Tu emmènes ta femme à Kiev ? En avion ? Mais elle est enceinte ! Il faut qu’elle reste à la maison. » Ou alors : « Comment ? Elle travaille encore ! ». Là, ce sont les collègues de Guillaume qui parlent. Les miens, c'est du même acabit. J'ai l'impression que je leur annonce que je vais sauter en parachute à 2 jours du terme quand je leur dit que je fais une heure d'avion à 6 mois de grossesse. Le plus drôle c'est que ca leur paraitrait plus normal de prendre le train et d'être ballotée pendant 12h...
Ils sont aussi très conservateurs par rapport à la nourriture et j'ai souvent des remarques quand je mange du chocolat, ce qui leur est souvent interdit pendant la grossesse car c'est un gout trop intense pour le bébé (!)...
Toutes ces remarques qui nous mettent parfois mal à l’aise (ou donnent envie de leur dire « j’t’en pose des questions ? ») sont révélatrices de l’ultra protection russe pour tout ce qui touche à la grossesse et aux bébés. A les écouter, il faut rester cloitrée du début de la grossesse jusqu'aux 2 ans du bébé. Et c'est ce qu'elles font. L'environnement est percu comme suffisamment hostile pour qu'elles réduisent au minimum vital les excursions en dehors de la maison, été comme hiver.
Le congé maternité russe dure 20 semaines (16 en France), il est quasi systématiquement suivi d'un congé parental allant jusqu'à 2 ans. C’est très fréquent dans nos boites par exemple.
Soyons quand même honnêtes et rendons leur justice pour le bon côté que ça comporte. Dans tous les lieux publics, dès qu’ils me repèrent, j’ai droit à tous les égards. Par exemple dans le métro bondé, j’ai toujours une place assise immédiatement. C’est un peu gênant au début, car cela veut dire parfois que la personne qui me laisse gentiment la place reste debout pendant tout le reste de son voyage, mais j’avoue que les jours de fatigue, c’est bien agréable et je ne m'en prive plus ! Cela s’applique aux hommes comme aux femmes, jeunes ou moins jeunes.
Idem pour la cigarette. Pendants nos récents week-ends, aux terrasses de restaurants par exemple, plusieurs personnes ont écrasé leur cigarette (parfois tout juste allumée) en voyant mon ventre ! Là, ils ont mérité un grand "spasibo".
Gare à nous maintenant quand nous sortirons junior pour une promenade un dimanche de janvier ou même de mai ! On nous a prévenu, on se prépare déjà aux remarques sur le thème "vous ne le couvrez pas assez, ce bébé / qu'est ce que vous faites dehors avec un bébé".
Ainsi va la vie de futurs parents indignes à Moscou.
Daphné