vendredi 4 décembre 2009

Le pays de l'abondance ?

Les russes aiment à se rappeler leur enfance. Nous n'irons pas jusqu'à parler de nostalgie du passé, mais il y a un peu de cela.

Guillaume a encore récemment fait un déjeuner à la cantine où chacun y allait de son histoire sur les "soviet times". Il s'agit de souvenirs récents, mais qui parraissent pour nous, occidentaux, d'un autre temps. En effet, c'est toujours frappant de voir à quel point nos collègues russes, parfois plus jeunes que nous, n'ont peu eu la même enfance que nous...du tout.

Quelques exemples, qui n'ont rien d'exceptionnels et qui décrivent justement ce qu'était la vie de tous les jours en URSS :

- Une collègue racontait qu'en 1988, sa famille avait attendu 6 mois pour pouvoir trouver du beurre.

- Une autre répond : "Nous, on connaissait quelqu'un qui nous en trouvait en échange de 'services' rendu par mon père". Les combines, toujours les combines pour améliorer le quotidien.

- Une autre qui, adolescente avait porté toute une année scolaire une paire de chaussures de garçon, tout simplement parce qu'il n'y avait pas le modèle féminin le jour où ils ont trouvé des chaussures à sa taille. Quand on a fait la queue aussi longtemps et qu'il y a encore du stock quand c'est notre tour, on prend ce qu'il y a.

- C'est drôle de les voir se remémorrer les choses en décrivant des vêtements par exemple, immanquablement tout le monde dira à table quelquechose du genre : "oui ma soeur et moi on avait aussi ce pantalon".

- Niveau de standardisation extrême et pauvreté de l'offre. Par exemple, il y avait une sorte de bonbon caramel pour enfant, une seule, dans toute la Russie.

- Suite à un arrivage, une autre avait fait la queue une demie-journée avec sa mère pour acheter un manteau pour leur père. Quand arrive leur tour, on leur dit, "Niet. On ne vous vend pas ce manteau. C'est un manteau d'homme, vous n'êtes pas des hommes, donc vous aller le revendre et faire du trafic, revenez avec votre mari."La parade était alors de ressortir, d'aller au coin de la rue au premier stand de Vodka et d'acheter pour 10 kopeks les services de l'un des clients, souvent trop imbibé pour refuser, qui jouera le rôle du mari pour acheter le manteau (s'il en reste !)

Toutes ces histoires datent de la fin des années 80, c'est ce qui nous marque le plus, c'est que c'est très récent et contemporain de nos enfances.

En plus de cela, il faut savoir que les Russes que nous fréquentons dans nos jobs, sont des moscovites, c'est-à-dire forcément privilégiés, dont le père était souvent dans l'armée ou dans l'administration, quand ce n'est pas au KGB. Ce qui signifie une situation enviable, avec accès aux combines, aux bons tuyaux etc... Imaginez la vie des familles dans les "régions" sans passe-droit ni coupe-fil.

A la lumière de ces discussions, de vraies histoires du quotidien racontées par ces gens qui les ont vécues, on comprend mieux l'acharnement devant les rayons d'Auchan, ou la fièvre acheteuse pour tout ce qui touche aux grandes marques et les excés bling bling des nouveaux riches. Le taux d'épargne est encore très bas. En Russie, quand on a de l'argent (même un peu), on achète, tout et n'importe quoi, mais on achète. La confiance dans le lendemain est au niveau zéro. Avec une crise majeure tous les 5 ans, on les comprend presque.

Ce sont des choses que l'on sait tous, mais nous voulions juste vous dire que cela se sent presque au quotidien ici. Beaucoup de comportements actuels, le capitalisme à tout crin, le goût très prononcé pour les combines pas très claires, s'expliquent par ce passé encore très récent.

Tout ce laïus pour vous montrer une série de photos que l'on aime bien et qui vous montrent à quel point la société de consommation a envahi nos vies, dès le plus jeune âge...




2 commentaires:

Bebelle a dit…

Qu'est-ce qu'elle change et s'eveille ! Extra ! Top ces photos :-)

Anonyme a dit…

Très interessant cet "article" merci beaucoup les loulous

Flo2co